Ogre La Fabrique - Intemporels essentiels - Frenchr

Entrevue – Ogre La Fabrique

Nous avons rencontré Titaïna Bodin, la fondatrice d’Ogre la Fabrique, une jeune marque de vaisselle durable, éco-responsable et abordable. 

C’est lors d’un tour du monde en 2019, que cette contrôleuse de gestion d’origine, a un déclic. Premièrement, la France est un des seuls pays au monde où l’art de la table est si important. C’est à dire, un pays où l’on prend encore le temps de se mettre à table, de se rassembler autour d’un dîner, de dresser une belle table… Deuxièmement, on mange dans les mêmes assiettes au quatre coins du monde, généralement des assiettes d’une marque suédoise au logo jaune et bleu.

Par ailleurs, nos parents et grands-parents avaient tous de la vaisselle française et nous n’en avons pas, alors que nous avons un vrai savoir-faire en France. Face à ces constats, elle s’est décidée à se lancer dans la renaissance de la porcelaine française. Entretien.

Entrevue - Ogre la Fabrique - Frenchr

Comment avez-vous sauté le pas de l’entreprenariat ? 

J’y ai mûrement réfléchi. En revenant de mon tour du monde, je suis allée dans des manufactures, j’ai fait plusieurs salons (juste avant le covid). C’est comme ça que j’ai constaté qu’il y avait beaucoup de choses fabriquées en France, mais toutes segmentées sur du luxe ou du haut de gamme. Je me suis donc dis qu’il y avait un vrai créneau, et en plus le débat sur le made in France et la consommation locale était en train de prendre de l’ampleur.

À vrai dire, le COVID a complètement accéléré cela. Consommer local permet de soutenir des savoir-faire et des industries qui avaient été un peu oubliées, ou qui étaient tombées en désuétude. Tout le monde connaît la porcelaine de Limoges, mais tout le monde l’imagine comme une assiette de Grand-mère, quelque chose de très fragile qu’il ne faut pas toucher. 

En effet, il y a un vrai savoir-faire derrière la fabrication d’une assiette. Tout est calculé au grammage et au dosage près, c’est un véritable travail d’orfèvre. Nous avons ce savoir-faire en France depuis plus de deux siècles. Finalement, il y a des gens derrière, et je pense qu’il faut tout faire pour le sauvegarder et faire en sorte que ces usines ne ferment pas. 

Qui sont vos concurrents ? 

Mes concurrents principaux sont, je pense, les céramistes européens. Les portugais par exemple font aussi de très belles assiettes en céramique, de manière artisanale, dont les prix sont équivalents voire plus cher que mes assiettes. De la même manière, il est vrai que des grandes enseignes comme Ikea et Maisons du Monde me font concurrence avec des prix bas. Cependant, ce n’est pas du tout le même concept derrière, ni la même démarche d’achat.

Le made in France pour Ogre était donc une évidence ? 

Oui ! Quand j’ai commencé, tout le monde me disait que ça allait être impossible de faire une assiette made in France à 10 euros en moyenne. On m’a même conseillé d’aller en Pologne, mais pour moi c’était impensable ! Je ne sortirai jamais du made in France, mon but est aussi de faire travailler nos ouvriers, nos industries. C’est une industrie qui a d’autant plus besoin d’être soutenue car elle sort de quarante ans de crise. Les seules manufactures encore debout on dû se battre. Par ailleurs, le covid n’a pas aidé à ce niveau là, ma manufacture a dû fermer plusieurs fois. 

Comment avez-vous réussi votre pari de produire des assiettes en France à ce prix là ?

J’ai eu la chance de trouver un partenaire de production qui m’a suivie dans ce projet et qui croyait en cette dimension locale. Ensuite, il y a des facteurs qui m’ont permis de tenir mon prix. Par exemple mes assiettes sont unies, j’ai aussi une gamme en blanc et j’ai réutilisé un moule des années 80. En effet, notre but était aussi d’utiliser l’existant pour produire. Nous avons réutilisé deux anciens moules, ce qui nous a évité d’investir dans de nouveaux moules. Ainsi, notre objectif est désormais d’étendre la gamme avec des plats, des saladiers, pour que les gens puissent manger entièrement dans du local

 

Que pouvez-vous nous dire sur les produits à venir et les nouvelles gammes ? Que pourrons-nous trouver d’autres que des assiettes chez Ogre ? 

Oui notre but est d’étendre la gamme, à terme ! Pour l’instant, notre marque est trop récente car nous existons depuis six mois donc nous en sommes encore en train de fonder nos bases. Effectivement, nous sommes en train d’y réfléchir. Il se trouve que notre manufacture a beaucoup de stock. Ainsi, comme nous ne voulons pas produire pour produire, nous sommes en train de leur racheter certaines choses pour pouvoir les proposer à notre clientèle. Je peux déjà vous dire qu’il y aura des saladiers, des mugs, des bols… 

Pouvez-vous nous parler un peu plus de cette manufacture : qui sont-ils ? Comment travaillent-ils ?

C’est un groupe, qui produit aussi pour lui-même, ils ont leur propre marque. Après ils produisent aussi pour beaucoup d’autres marques, dont des marques de luxe. La manufacture est scindée en deux partie.

En premier lieu, il y a celle du Dorat d’un côté, qui produit le blanc et la porcelaine de Limoges. Ils étaient très importants dans les années 90. Ils se composaient en trois unités et produisaient 1 million d’assiettes par an. Alors qu’aujourd’hui il n’y a plus qu’une unité qui tourne à 30%… Il y a une quarantaine d’ouvriers qui sont là depuis plusieurs décennies, ce sont des passionnés qui sont de véritables experts.

Ils nous racontent les grandes heures de la porcelaine avec mélancolie. Ils sont très fiers de voir leur porcelaine dans des commerces. Ils sont très contents du travail que l’on fait ensemble. Ils aiment beaucoup mon site et la mise en avant de leur travail dessus. C’est vrai qu’il y a peu de marques qui mettent en avant l’atelier qu’il y a derrière. Avec Ogre nous y tenons véritablement.

En deuxième lieu, il y a l’autre usine qui se trouve à Chauvigny où ils font les produits colorés, les décors et où ils émaillent les assiettes de couleurs. Là-bas ils sont une trentaine. Ils attendent beaucoup de ce nouvel engouement pour le made in France. Ils espèrent retrouver le faste perdu. Alors qu’actuellement ils survivent surtout grâce à un seul gros client qu’est le marché américain. Environ 65% de leur production est envoyée aux Etats-Unis.

Nous espérons donc pouvoir faire grossir
Ogre pour devenir plus importants pour eux, et leur permettre de vivre tranquillement. Ces deux usines se trouvent dans la région de Limoges et de Poitiers. 

Qu’est-ce qui fait la résistance et la qualité de la porcelaine ? 

Le kaolin est la matière que l’on peut cuire à la plus haute température. Le fait de cuire les assiettes à 1380 degrés fait qu’elles sont extrêmement résistantes, beaucoup moins fragiles que de la faïence. La porcelaine est la céramique la plus fine et la plus légère, mais finalement la plus résistante.

Comment peut-on reconnaître de la porcelaine ? 

La résistance et la légèreté mais aussi sa transparence à la lumière ! Prenez une assiette blanche, placez-la devant devant de la lumière ou du soleil. Si la lumière transperce l’objet alors vous avez de la porcelaine. Pour celles qui sont émaillées de couleur on la voit un peu moins, mais on peut la distinguer. 

Qui sont vos clients ? Plutôt des particuliers, des restaurateurs, des chaînes d’ameublement et de décoration ? 

Pour le moment ce sont surtout des particuliers et des restaurateurs. Ce sont des gens majoritairement engagés, qui veulent renouveler leur vaisselle et qui veulent consommer local. 

Pourquoi une forme octogonale ? 

J’ai repris un moule préexistant. Je cherchais une forme plutôt originale qui me permette de me démarquer, et pour l’anecdote le service de mariage de mes parents était de cette forme-là ! Je l’adorais, donc quand je suis tombée sur cette forme, je l’ai adoptée. Cela lui donne un côté à la fois moderne et classique. Pour que l’on puisse mixer les formes et les couleurs, dresser une table qui nous ressemble tout en gardant le côté classique de la porcelaine de Limoges.

Que pensez-vous des à priori existants sur le made in France concernant son accessibilité ? 

Je pense que les gens qui trouvent le made in France trop chers sont mal informés. Ils ne réalisent pas tout le travail qu’il y a derrière et c’est pour cela aussi qu’on met en avant tout ce savoir-faire, tout le travail des ouvriers sur notre site. Nous voulons montrer pourquoi le prix en vaut la chandelle. De notre côté, nous tenons à rester sur une gamme accessible, en restant sur des prix compris entre 9 et 15 euros maximum, pour que le plus grand nombre puisse posséder un service fait en France. 

Pensez-vous que nos grand-parents étaient plus au fait sur ces questions-là ? 

Je ne pense pas. Au début du 20ème siècle, la porcelaine et la faïence étaient très chers et quand on les cassait on pouvait même aller les faire réparer chez un agrafeur qui agrafait les morceaux avec du fer. Si on remonte un peu, il y avait tellement de manufactures que je pense qu’il y avait des produits en abondance, cela devait sûrement être moins cher. Mais la plupart des gens devaient probablement tous savoir d’où cela provenait puisqu’à mon avis tout le monde habitait à moins de 50km d’une manufacture.

Ce qui n’est plus du tout le cas actuellement, il reste quelques bastions en Bretagne, autour de Limoges. Historiquement, on pouvait ajouter à ces deux bastions la porcelaine de Gien, de Nevers, de Luneville et de Nideviller. 

Pourquoi votre marque s’appelle OGRE La Fabrique ? 

Nous cherchions un nom un peu décalé et cela fait échos aux expressions « manger comme un ogre » et « avoir un appétit d’ogre » et nous avons rajouté « La Fabrique » pour faire échos à la manufacture. 

Un dernier mot pour conclure ? Pourquoi acheter de la porcelaine en 2021 ? 

Ogre, c’est une toute nouvelle ligne de vaisselle française, éco-responsable, durable et abordable. Le concept est de faire revivre la vaisselle de nos parents et de nos grand-parents, tout en la modernisant et en mixant formes et couleurs. Le but derrière est de pérenniser l’art de la table et le savoir-faire français. 

Pourquoi acheter une assiette Ogre, en porcelaine, en 2021 ? Elles sont fabriquées dans le respect de l’environnement, avec des matières 100% naturelles qui proviennent toutes de France.

Nous travaillons avec des ouvriers fiers de leur métier et qui possèdent une vraie expertise, qui méritent d’être mis en avant. En achetant ces assiettes en 2021, vous les garderez plusieurs décennies, au quotidien comme aux grandes occasions.