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Entrevue – Vous Pouvez Dormir Dans La Grange

Nous avons rencontré Coralie Frick et Arnaud Le Cat, les deux fondateurs de Vous Pouvez Dormir dans la Grange. Tous deux designers, ils travaillent chez Unqui Designers, l’agence qu’ils ont co-fondée, à Paris depuis plus de dix ans. Au quotidien, ils créent des objets fonctionnels, pratiques, ingénieux, originaux et de qualité. Vous Pouvez Dormir dans la Grange est née en 2013, lorsqu’ils décident de co-éditer un sac-baluchon imaginé par Coralie, dont le système – breveté – de manchon permet à ce sac made in France de s’agrandir en un mouvement de main. Depuis, une trousse et un porte-clé ont rejoint la tribu, toujours dans l’idée d’un mode vie léger et en mouvement. L’aventure ne fait que commencer ! Entretien. 

La première chose qui nous interpelle, c’est votre nom, Vous Pouvez Dormir dans la Grange ! D’où vient-il ?

Vous Pouvez Dormir dans la Grange, le nom de la marque, est la traduction de « can sleep in barn ». Une phrase représentée en un signe, que les hobos, vagabonds américains se déplaçant de ville en ville en suivant les voies de chemin de fer, se laissaient aux portes des maisons.

Ils informaient ainsi leurs semblables de la possibilité d’y trouver un gîte, du travail ou encore de la nourriture.

Ce langage signé nous parlait, et nous avons repris le signe de “vous pouvez dormir dans la grange” pour notre logo. Cela collait bien à l’idée de notre baluchon contemporain, fait pour partir à l’aventure. C’est un sac qui s’adapte aux opportunités de la journée : on va travailler, puis on va faire du sport, puis on va prendre un verre, avant de prendre un train le lendemain… C’est ce hobo là, contemporain, que l’on veut toucher.

Quelle philosophie y a-t-il derrière le hobo du XXIème siècle ? 

Pour nous il y a vraiment cette idée de liberté de mouvement. Le hobo moderne choisit ses lieux de travail quitte à se déplacer, il choisit ses rencontres, il est dans une sociabilité adaptée à de nouveaux cadres de travail et de vie.

On imagine un monde hors cadre classique du bureau. Un monde dans lequel les gens se sentent de plus en plus libres. C’est ce que l’on observe de plus en plus avec le télétravail : les gens partent travailler à la campagne ou bien en terrasse de café. C’est un sac qui permet d’improviser sa journée, tant sur le plan professionnel que personnel.

C’est donc par ce sac et cette invention que Vous Pouvez Dormir dans la Grange est née ?

Oui ! Dans un premier temps nous cherchions une marque intéressée par notre brevet. Mais nous nous sommes rendus compte que si nous voulions que le résultat corresponde à nos attentes et nos valeurs, nous devions l’auto-éditer. Nous avons retravaillé le sac jusqu’à trouver les bonnes finitions, les bons détails (poches intérieures, mousqueton etc.), les bonnes matières puis les bons fabricants français. 

Coralie et moi avons créé notre marque pour la production et la vente du baluchon. Et cela, tout en continuant à côté notre activité de design. Nous aimerions de plus en plus que notre activité serve ce mode de vie simple et minimaliste, avec des objets qui peuvent être nomades mais surtout plaisants. Coralie et moi développons également des objets avec des entrepreneurs et éditeurs français. Par exemple, un transat adapté à une vie intérieure comme extérieure devrait bientôt voir le jour. Notre sac à dos Vous Pouvez Dormir Dans La Grange vient de sortir en pré-commande !

À quel point le made in France est important pour vous et votre projet ? 

On parle de plus en plus de perte de savoir-faire en France. Je trouve qu’un pays qui ne produirait que du service, perdrait un peu de son âme, de sa capacité à faire. En France, nous avons des exigences et des normes qui nous permettent de faire les choses dans de bonnes conditions, si elles sont faites sur le territoire. 

Tout cela a un coût. D’où l’intérêt de faire des choses simples, facilement assemblables pour avoir des produits de qualité qui ne soient pas à un prix inaccessible. Le prix est d’autant plus élevé que nous produisons en petite série. Faire fabriquer localement est quelque chose qui nous tient à cœur et comme nous sommes designers, nous préférons aller voir directement le fabricant. Sans avoir besoin de prendre un avion jusqu’en Asie. Nous sommes plus à l’aise avec l’idée de parcourir le pays, de rencontrer des gens et des savoir-faire passionnants.

Homme et femme en train de porter un baluchon Vous Pouvez Dormir dans la Grange rouge

Comment avez-vous sélectionné vos fournisseurs et vos fabricants ? 

Arnaud et moi avons mis du temps à trouver le tissu idéal car il devait être à la fois fin et solide.  Un tissu qui se tient quand il n’y a pas grand chose dans le sac. Un sac qui soit étanche et fabriqué dans le respect de l’environnement. Et enfin, un tissu qui soit beau. 

Nous avons mené une enquête pour retrouver un tissu dont nous avions récupéré une chute et qui avait toutes ces qualités. Notre fabricant, qui est Suisse (Schoeller), fabrique des tissus techniques avec une qualité incomparable.  

Pour la confection, nous avons rencontré notre fabricant sur le salon du Made in France. Finalement tout se fait par des rencontres et par le bouche à oreille. 

Vos sacs sont made in France. Comment fabriquez-vous vos sacs ? 

Il y a un travail de design très important déjà. Nous recherchons à chaque fois l’assemblage le plus humble et le plus simple possible. Nous vérifions qu’il est durable en le testant. Nous choisissons les matières et les formes spécifiquement pour que tout cela soit simple, quitte à faire certains compromis. Nous faisons en sorte que tout soit utile et à sa place. 

Comment concevez-vous vos objets ? 

Nous dessinons des produits que nous voulons nous-mêmes utiliser. Nous rêvons de cette vie en mouvement, et d’ailleurs nous essayons de la vivre. 

En tant que designers, comment choisissez-vous les matières et les composants ? On a dans l’idée qu’un designer va toujours rechercher le meilleur, voire la perfection… 

C’est vrai, mais il reste toujours la contrainte du coût. Au-delà d’un certain prix, les gens n’achètent plus. Même quand on leur explique que c’est fabriqué en France, dans de très belles matières et que c’est de très bonne qualité. Il y a un prix psychologique à ne pas franchir.

Quand on commercialise, il faut donc faire des choix et des compromis. On met moins d’éléments, moins de coloris et surtout on essaye de simplifier la fabrication.

Comment pensez-vous votre cible en concevant ces objets ? A qui s’adressent-t-ils ? 

On ne pense pas vraiment à une cible. Mais plutôt à un cadre de vie : sain, léger, en mouvement, équilibré, sensible et élégant. Un univers qui parle à d’autres et que nous sommes heureux de partager ! 

Qui sont les personnes qui se reconnaissent dans Vous Pouvez Dormir dans la Grange ? 

Nous avons une variété de profils même si nous n’étudions pas spécifiquement cet aspect là. Nous avons des trentenaires comme des sexagénaires ! Globalement, ce sont des gens qui ont une sensibilité pour l’aspect artistique et innovant. Les personnes qui aiment les belles choses, simples et de qualité.

Que répondez-vous à des personnes qui trouvent vos produits trop chers ? Ou qui pensent que globalement, le made in France, c’est très cher ? 

Nous sommes chers car nos produits sont fabriqués en France en petites quantités avec les meilleurs matériaux. Il faut aussi voir que derrière le prix, il y a des heures de travail, de fabrication, il y a des matières et il y a des conditions de travail. 

C’est vrai que le made in France c’est cher, mais c’est aussi un coût qu’on ne paye pas ensuite. Celui de la pollution. Nous sommes dans cette philosophie d’acheter et de produire moins mais mieux. 

Qu’est-ce qui permettrait une consommation plus épanouie du made in France ? 

Il faut s’intéresser au produit et comprendre son histoire, l’écosystème dans lequel il s’insère. Il faut reconnecter les produits que l’on achète à tous les éléments qui leurs sont liés. Leur origine de production, l’origine des matières premières… Lorsqu’on sait tout ça, on achète plus qu’un simple objet. On achète une histoire et c’est cela qui donne une âme à l’objet.

Un dernier mot pour conclure ? 

Notre mission est de repenser les indispensables du quotidien pour qu’on ait plaisir à utiliser chacun de nos objets. Tout en en possédant le moins possible. Tout cela en restant dans l’idée d’une vie en mouvement et en s’appuyant sur les savoir-faire français.